Un camps reste un camps…

camps« Nous ne pouvions plus tolérer les camps et nous n’en tolérerons pas ». C’est ce que vient d’affirmer Francois Hollande. Evidemment il pensait à Calais et peut-être même à la place Stalingrad qui devrait disparaitre dans les jours qui viennent. Aujourd’hui que le bidonville de Calais est détruit et que le centre de jour et le camp de containers restant sont promis à la fermeture… tous ceux qui éprouvent un peu de compassion pour les errants  peuvent être soulagé devant les faits et de tels propos.

L’avenir nous dira si cette « délocalisation » était ce qu’il fallait faire. N’oublions pas que depuis les premières personnes exilées remarquées errant dans les rues de Calais ou dormant dans le terminal ferry dans les années 1980 et 1990 le problème est devenu récurrent.  En passant par  a parenthèse du Centre de Sangatte (de 1999 à 2002), puis les abris divers dans les blockhaus, les bâtiments abandonnés, sous des bâches, des tentes ou des cabanes dans les friches et les bois, chassés par la police,  le regroupement des exilés au-delà de la rocade de contournement, qui vient d’être détruit n’était que la énième évolution d’une situation d’impasse dans le traitement des migrants. C’est se que résume bien ce propos d’un humanitaire sur place :

« Le gouvernement a pensé que signer un certificat de décès suffirait à en finir avec l’agonie du lieu. C’est un peu présomptueux, car les migrants prouvent chaque jour leur très forte résilience ».

Quoiqu’en dise le président  cela n’est absolument pas mettre un terme à la logique des camps. Car les 450 centres d’accueil et d’orientation ne sont rien d’autre et en tout cas pas une logique d’accueil et d’hospitalité. Quiconque lit la charte de des CAO comprends que même sous une apparat humanitaire un camps reste un camps. Tous lieux qui permet le regroupement, le tri, le fichage reste un camps. Sans parler des centres de rétention dans lesquels passeront une partie de ceux qui seront écartés des CAO… D’ailleurs pour revenir à ces camps que tous les medias mettent  en exergue comme répondant à la logique d’accueil il significatif que le Gisti dénonce celui qui va ouvrir sur Paris. Ce communiqué intitulé « Humanitaire ou pas, un camp est un camp » expose bien le problème qui est devant nous tous :

« Dans ce contexte, si on peut certes se réjouir de ce que des personnes puissent dormir quelques nuits au chaud et non sous les ponts ou le long des quais, on voudrait être certain que le projet leur permettra d’être « orientées » vers de véritables structures d’accueil et d’accéder effectivement à leurs droits.

Or le système d’asile, de l’enregistrement des demandes à leur examen, continue d’être caractérisé par des dysfonctionnements systémiques, parfaitement identifiés, mais jamais résolus.

Or le nombre de places dans les structures ad hoc pour l’accueil des demandeurs d’asile reste largement insuffisant au regard des besoins, même en comptant l’ensemble des dispositifs d’hébergement de second rang qui se sont multipliés au fil des années.

Or les empêchements à la liberté de circuler des migrants, et la lutte contre les migrations dites illégales dont même les personnes en quête d’asile sont victimes, restent l’alpha et l’oméga des politiques européennes et nationales.

Dès lors comment faire ? Comment « orienter » vers autre chose que des voies sans issue ? Comment garantir aux personnes accueillies qu’elles resteront libres de déterminer leurs choix au sortir de cette « mise à l’abri » ?

Faute de changer radicalement ce contexte, on n’aura abouti, avec le camp à Paris, tout humanitaire qu’il soit, qu’à rendre les migrant.e.s moins visibles en les cachant en périphérie de la ville ou en les contraignant à se disperser, une fois écartés du dispositif de mise à l’abri, et surtout à fournir à l’administration des moyens pour mieux les contrôler, des moyens pour les trier, afin d’en renvoyer ou expulser le plus possible.

Compte tenu du nombre et de la gravité des questions restées à ce jour sans réponse, alors que le camp va ouvrir, on ne peut que nourrir de sérieuses inquiétudes quant aux conséquences de cette initiative ».

In fine, toute cette agitation ne réglera rien.

Le président de la République  devrait effectivement réaliser que  la logique des camps  ne sera jamais  une solution. La question reste de savoir où est la solution?